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L'Histoire de Formerie par Achille Bellou


Achille Bellou, maire de 1896 à 1925

De Framerich, nom d'homme germanique, à Fort Marie, Sainte protectrice de notre commune, les versions quant aux origines de Formerie se sont succédées sans pour autant qu'une d'entres-elles puissent valablement l'emporter sur les autres. Ce dont on est certain en revanche, c'est que son histoire se perd dans la nuit des temps, ayant laissé aux historiens quelques épisodes au gré des personnages qui ont régné sur la seigneurie.
Formerie, que l'on a appelé successivement : Fromerie, Fromeries, Fourmerie, Fourmeries, (1301), Fromeries-en-Bray, fromeryes, remonte à une époque très reculée. Formerie se trouvait placé à la limite des tribus gauloises des Ambiani, des Calètes, des Véliocasses et des Bellovaques. Son existence à l'époque gallo-romaine parait à peu près certaine. La voie romaine, qui traverse son territoire au lieu dit La Chaussée, semble indiquer la présence d'habitations en cet endroit. De plus, en 1841, au lieu dit la Mare à Saultx, dans le bois de Formerie, on découvrit sous un tertre des fondations régulières en silex, dont les murs avaient 60 centimètres d'épaisseur. On y recueillit en quantité des tuiles à rebords brisés, des tuiles plates, de grandes briques, des vases vernis, des fragments de meule, tous débris d'origine romaine.
Entre 1720 et 1884, le chiffre de la population n'avait pas beaucoup varié; le tableau ci-dessous fait connaître le résultat des différents recensements :


Années
Populations
1720
1140
1790
1237
1806
1266
1821
1289
1831
1257
1836
1200
1846
1245
1874
1262
1880
1245
1884
1300



La seigneurie - Le château
Formerie était l'une des quatre baronnies du vidamé de Gerberoy. Les seigneurs avaient droit de haute, moyenne et basse justice pardevant le bailliage d'Amiens, en la prévôté royale de Beauvais, siégeant à Grandvilliers. La seigneurie de Formerie appartint à la maison de Montmorency, qui portait alors le nom de Beaussault. En 1202, Philippe Auguste en fit présent à son neveu, l'évêque Philippe de Dreux, afin d'augmenter le vidamé de Gerberoy. Des alliances portèrent successivement la seigneurie dans les familles de Roye, d'Estouteville et de Sainte-Maure. Au début du XVIème siècle, elle fut propriété d'Antoine du Prat, seigneur de Nantouillet, qui devint premier président au parlement de Paris, puis chancelier de France en 1514, évêque de Meaux, d'Albi, archevêque de Sens et enfin cardinal et légat à latère en France, ce terme s'adressant au chargé d'une mission spéciale par le Pape. Il fut encore le principal auteur du concordat de Bologne entre le Pape Léon X et François 1er. La seigneurie de Formerie est restée dans la famille du Prat jusqu'en 1790.
C'est cette année là, que Formerie fut inclus dans le département de l'Oise.
En 1791, Augustin du Prat (dernier héritier de la terre de Formerie) passa à l'étranger, où il finit ses jours, et perdit sa fortune sous l'empire des lois et des confiscations révolutionnaires. Le 13 septembre 1792, le directoire de Beauvais déclara les biens de la seigneurie de Formerie mis en séquestre. Ces biens furent vendus au profit de l'état par les administrateurs du district de Grandvilliers, le 25 messidor et le 21 thermidor an II de la république.
L'ancien château de Formerie, situé dans la propriété donnée en legs au bourg par M. Marette, est entièrement détruit. Il comprenait :

Un donjon en briques appelé primitivement Motte et plus tard Fort Marie, entouré de fossés avec accès par un pont de briques.
Les communs et dépendances avec grande basse-cour entourée de murailles en briques. C'est sous ces bâtiments que l'on découvrit, en 1876, les galeries souterraines. Le 18 novembre, en creusant un puisard dans une des caves de ce bâtiment affecté à l'époque par la gendarmerie, on trouva une galerie à 7 mètres au-dessous de la cave. Étonnés de cette découverte, les ouvriers élargirent l'ouverture et furent tout surpris de découvrir à 9,70 mètres au-dessous du sol, un souterrain dont on ne soupçonnait pas l'existence, parfaitement voûté en chaux carbonatée grossière, un carrefour de 2 m2, couvert par quatre voûtes ogivales en marbre lumachelle, cimenté au ciment rouge; enfin un grand escalier dont les marches ont été enlevées, fermé avec des silex. La voûte de cet escalier est cintrés en briques et par gradins correspondants aux marches.
Un grand jardin garni de serres et d'ornements, fermé par des murailles en briques et entouré de pièces d'eau.
Le château construit en briques, avec soubassement en marche lumachelle. Cette habitation seigneuriale, fut détruite par un incendie en 1703 et reconstruite dans la suite. Il y avait une chapelle sans titre dans le château.

Plan du Château

Légende : 1. Château 2. Commun (Sous ces bâtiments affectés aujourd'hui aux ateliers municipaux se trouvent les souterrains découverts en 1875 3. Entrée de la rue conduisant au bourg 4. Étangs 5. pont 6. Jardins 7. Entrée du côté de l'avenue 8. Avenue (aujourd'hui allée de la garenne) 9. Murs de clôture 10. Prairies

Avant 1790, Formerie était compris dans l'ancienne province de la Picardie; antérieurement au 11 avril 1639, il appartenait au doyenné de Poix et dépendait de l'élection et de la généralité d'Amiens.
En 1790, lorsque la France fut divisée en départements, Formerie fut compris dans le département de l'Oise, arrondissement de Beauvais, et le territoire du canton fut dévolu au district de Grandvilliers.
C'est à dater de cette époque, après le vote de l'assemblée nationale sur la constitution des municipalités que commencèrent à proprement parler la vie municipale et l'administration civile. Le 2 février de cette année eut lieu dans l'église de Formerie l'élection de la municipalité et du premier maire. Pierre FRANCASTEL fut élu par 71 voix sur 74 votants. Il quitta ses fonctions le 6 juin suivant, et eut pour successeurs pendant la période révolutionnaire :
- Jean-Thomas MORIN, du 6 juin 1790 au 18 novembre.
- Nicolas BIGANT, 18 novembre 1790 au 9 décembre 1792.
- Etienne BOURDON, 9 décembre 1790 au 2 germinal an II.
- Antoine RENTY (maire provisoire, 2 germinal an II au 21 germinal.
- Etienne BOURDON, 21 germinal an II à l'an III.
La constitution de l'an III supprima les maires pour les communes au-dessous de 5000 âmes, Formerie n'eut plus qu'à élire des agents municipaux :
- Achille BEAURAIN père, an IV à l'an VI.
- Guillaume BEAURAIN, 8 germinal an VI à l'an VIII.
La loi du 28 pluviôse en VIII (17 février 1801) rétablit les municipalités en supprimant l'élection, et le gouvernement nomma les maires. Depuis cette époque ces fonctions furent remplies par :
- MM. Achille BEAURAIN fils, 28 pluviôse an VIII au 15 vendémiaire an XII.
- Etienne CUEL, 15 vendémiaire an XII à janvier 1825.
- ALTETTE, janvier 1825 à avril 1829.
- BRIERRE, avril 1829 à novembre 1834.
- MM. Achille BEAURAIN, novembre 1834 à juin 1837.
- Jean-Nicolas SIOU, juin 1837 à janvier 1856.
- Pierre BARBEMINTERE, janvier 1856 à 1869.
- Émile YVART, 1869 à 1878.
- Achille Delaunay,1878 à 1895
- Emile DURIER, 1895 à 1896
- Achille BELLOU, 1896 à 1925
- Henri DURIER, 1925 à 1931
- Paul HUBERT, 1931 à 1944
- André MERCIER, 1944 à 1945
- Fernand GAUDEFROY, 1945 à 1957
- Marcel LECOURTOIS, 1957 à 1963
- Emile GIUDICELLI, 1963 à 1977
- Etienne SEYDOUX, 1977 à 1983
- Hervé JORON, 1983 à 2000

Formerie possédait plusieurs établissements d'instruction :
Une école communale de garçons, tenue par un instituteur laïque; Une école communale de filles, un asile et un pensionnat dirigés par les religieuses de Saint-joseph de Clunny; un pensionnat secondaire privé. Le 30 décembre 1724, le marquis de Viteaux fit don à la paroisse de Formerie d'une maison d'école située près de la Bonnemare. L'école des garçons fut concédée gratuitement à la commune de Formerie par décret impérial rendu à Milan le 20 floréal an XIII (30 août 1805).
Il se tient un marché le mercredi. Ce marché est une conséquence de l'existence de l'ancienne baronnie, mais on ne connaît plus l'époque précise de sa création, parce que les titres de la seigneurie disparurent dans l'incendie qui détruisit presque entièrement le bourg au commencement du XVIII° siècle. Cependant les archives nationales possèdent, dans la section judiciaire, Parlement de Paris, registre des ordonnances, f° 22, les lettres-patentes par lesquelles Henri III confirme en faveur du sieur de Formerie le droit à lui accordé d'avoir un marché franc par chaque semaine audit lieu de Formerie. Ces lettres sont du mois d'avril 1579. Formerie a toujours eu des foires dont l'époque, le nombre et la durée ont subi de grandes modifications. Au nombre de quatre depuis le 8 avril 1791 :
Le mercredi des cendres,
Le 1er mai,
Le 22 juillet, jour de la Madeleine,
Le 4 octobre, jour de la Saint François.
Elle ont été réduites à deux par ordonnance du 26 octobre 1834.
Une caisse d'épargne et de prévoyance a été établie par décret du 8 mai 1877; elle a été ouverte le 11 juillet suivant. Elle était régie par un conseil d'administration composé de quinze membres, trente-quatre directeurs-adjoints et d'un agent comptable.
Une coutume qui existait depuis les temps les plus reculés, c'était l'invitation faite dans les rues pour l'inhumation des habitants décédés. La veille, à la tombée de la nuit, le bedeau, en habit de choeur, parcourait les rues du bourg avec un sonnette annonçant à haute voix le nom de la personne décédée, indiquant l'heure de la cérémonie funèbre et invitant à prier pour les trépassés. Un autre usage, étonnant, c'était la présence, en temps de sécheresse, d'un baquet rempli d'eau à la porte de chaque habitation. Cette mesure de précaution était justifiée par le manque d'eau pendant les chaleurs; elle était une conséquence de l'arrêté municipal du 13 mai 1810, qui ordonnait à chaque maître de maison de placer à sa porte un baquet plein d'eau dès que l'on crierait au feu.

Source : "Notice historique et archéologique sur le bourg de Formerie" par A. BELLOU, 1886