En octobre 1870 à Formerie avec des bruits souvent contradictoires, la population restait anxieuse
redoutant de voir arriver à chaque instant les "casques à pointe". C'est qu'on avait appris
de source certaine que depuis le 29 septembre, les troupes prussiennes occupaient Beauvais. Elles avaient
l'ordre de prendre villes et bourgs de l'Oise et de s'emparer de la voie ferrée afin de cerner
l'armée du nord que commandait le général Bourbaki.
Un détachement des troupes allemandes quittait donc Beauvais le 27 octobre, passant la nuit à
Marseille-le-Petit avec de nombreuses voitures. Le général Senfft les rejoint. Objectif : Formerie Notre bourg était gardé par un poste du 3° hussard comprenant 130 hommes mais commandés
par un véritable soldat : le capitaine Dornat. Celui-ci aidé par M. Maimène, chef
de station, installa ses hommes tant à la gare que dans les alentours de façon à
pouvoir les réunir en quelques instants. Il se mit à étudier le bourg; précautions
indispensables car il n'avait que des forces restreintes et il devait lutter en attendant des renforts. Le colonel d'Espeuilles, 5° bataillon de marche était à Romescamps, Abancourt, Fouilloy.
Le colonel Cadet se trouvait à Gaillefontaine à la tête du 19° bataillon des
mobiles de l'Oise.
Dans la matinée du 28 octobre, vers 10 heures, les vedettes du 3° hussard se repliant sur la
gare annonçaient l'arrivée de l'ennemi : 1.200 à 1.500 prussiens débouchaient
par la route de Beauvais avec 7 pièces d'artilleries. Alors le commandant Dornat passe en revue ses braves, visite les armes, donne des ordres et attend l'ennemi
de pied ferme. Quelques instants après, des uhlans traversaient rapidement le bourg et se portaient sur la gare.
Au cri de "A moi mes amis", les soldats du 19° de ligne accueillent l'ennemi par une fusillade. Deux
cavaliers saxons furent démontés et les autres n'eurent que le temps de tourner bride,
poursuivis jusque sur la place du Fryer. Mais là, le brave Dornat fut reçu par une décharge meurtrière de l'infanterie
prussienne qui était postée dans les maisons. Le capitaine Dornat, malgrè une situation difficile, grâce à ses dispositions tint en échec
près de deux heures les forces du général Senfft. Il eut l'heureuse idée de distribuer une grande quantité de cartouches à ses soldats
avec ordre d'entretenir un feu bien nourri pour tromper l'enneni. Le général prussien crut
que Formerie était occupé par au moins 2000 hommes. Le 1er bataillon de la garde mobile était cantonné entre Forges et Gaillefontaine. Dans la matinée
du 28 octobre, le colonel d'Espeuilles, prévenu du danger à Formerie, donna ordre au capitaine
Alavoine de s'y porter avec sa compagnie des mobiles de l'Oise (formée en partie de jeunes gens de Beauvais).
Laissant une compagnie à la gare, le capitaine Alavoine se porta sur le point le plus menacé.
En traversant la place de l'hôtel de ville, ses mobiles qui allaient pour la première fois se battre,
eurent un moment d'hésitation devant les projectiles qui venaient de tous côtés. Élevant
son sabre, le capitaine Alavoine crie : "En avant!". Entraînés par son exemple, les soldats
traversent le pays, gagnent la place du marché aux bestiaux. Là, il trouve le capitaine
Dornat à la tête d'une poignée d'hommes luttant avec la dernière énergie,
quoique atteint au bras par une balle prussienne. En se démasquant pour traverser la rue, le capitaine Alavoine qui allait secourir l'intrépide
Dornat, fut blessé et mis hors de combat. Alors des mobiles sous les ordres du lieutenant Meneut purent gagner les maisons de la place du Fryer et s'établir
dans les chambres (les habitants du quartier s'était réfugiés dans les caves) et les nôtres,
bien qu'inférieurs en nombre, se maintenaient avec avantage.
Le général Senfft avait fait mettre son artillerie en batterie à la lisière d'un
bois de la commune de Boutavent.(Ce devait être le bois de la pierre). Il lançait des projectiles,
un peu partout, mais surtout sur le Fryer. Le principal effet de cette canonnade fut de hâter l'arrivée
de nos renforts qui, vers une heure, affluaient de toutes parts. Venant d'Abancourt, une compagnie du 5ème bataillon arriva au calvaire du Bel-Air. Ces soldats se
placèrent derrière les haies, les barrières des herbages et échangèrent des coups
de fusil avec les Prussiens qui se trouvaient à la briqueterie Ménage. Peu de temps après, cette compagnie faisait son entrée sur la place de Formerie, débarrassée
de tous Soldats prussiens, pendant que d'autres formations arrivaient à la gare. Parmi ses renforts, un train venant de Rouen avec 800 hommes qui restèrent à la gare de Formerie.
Leur mission : défendre la voie ferrée. Ils restèrent donc à la station, laissant le 19ème de ligne avec Dornat, et le 2ème
mobile avec Alavoine, supporter le combat. Ce qui prouve que les prussiens n'attaquèrent pas ce train. Des mobiles du Nord avec le colonel de
Lalène Laprade, détacha 500 hommes avec le but d'entraver la retraite de l'ennemi. En débouchant
de Bouvresse, ils essuyèrent une fusillade serrée partie de la briqueterie Ménage qu'ils
occupaient, mais les nôtres les repoussèrent vivement.
Ces prussiens se voyant menacés par les soldats du Bel-Air, regagnèrent la route de Beauvais par laquelle
s'enfuyaient aussi les troupes repoussées par le capitaine Dornat et le lieutenant Meneut. Bon nombre de leurs fantassins, forcés de prendre la traverse dans les terrains labourés,
détrempés par la pluie, y laissèrent leurs bottes que les habitants ébahis trouvèrent
le lendemain dans leurs champs. Ainsi, grâce à la savante combinaison et à la résistance énergique du
capitaine Dornat, luttant dans la proportion de 1 à 10, les Prussiens subirent à Formerie
un échec complet. La défense du territoire était d'autant plus héroïque, que la guerre était perdue. A la même date, 27 et 28 octobre, Metz capitulait.
Source : "Notice historique et archéologique sur le bourg de Formerie"
par A. BELLOU, 1886